Le Valais fait la cour aux électeurs du CIO. Avec une certaine réussite

Arrivés lundi soir à Sion, des électeurs du mouvement olympique visitent actuellement les sites et la région. Leur première impression? Très positive.

Ils avaient des questions, ils ont eu des réponses. – Cette grande porte en ciment, juste là devant? – Un abri de protection civile, «You know, typically Swiss…» – Cette piscine avec toute cette vapeur? – Les bains thermaux de Saillon. «Very good for health.» – Et cet ordinateur, là? – Un appareil de haute technologie qui permet aux physiothérapeutes de jauger la musculature d’un genou. «Very nice, beautiful…»

Curieux, heureux, Niels Holst-Sorensen le Danois. Anthony Bridge le Jamaïcain et Robin Mitchell le Fidjien voulaient tout savoir. Sur le village olympique de Saillon. Qu’ils ont visité hier matin des sous-sols aux greniers, mais aussi sur la météo. la température de l’eau, le nom des montagnes. Sur ces infrastructures olympiques qu’ils sont, depuis mardi et jusqu’à jeudi, les premiers membres votants du CIO à visiter. Sur je-ne- sais-quoi encore. On n’échappe pas au rituel olympique. Avant chaque désignation d’une ville hôte des Jeux, une cinquantaine de membres du CIO – sur 96 votants à ce jour – débarquent par petits groupes sur les sites candidats pour une visite officielle de quelques jours. «Pour nous, c’est très important, explique Anthony Bridge. Ça nous permet de nous faire une idée précise de la ville, de l’environnement, de l’ambiance. De tous ces aspects, en somme, dont nous ne pouvons pas nous rendre compte en lisant simplement les dossiers de candidature. Après ces visites seulement, nous pouvons nous faire une véritable opinion.»
Corollaire, les candidats se doivent de choyer ces grands électeurs – évidemment invités tous frais payés. Mais gare aux excès! Le CIO tient ses candidats à l’œil, depuis que son président a édicté, en 1993, de véritables règles de morale: cadeaux et souvenirs n’excédant pas 150 dollars par personne, un seul accompagnant, ni cocktails ni réceptions.
Après l’intensification des rumeurs de corruption au sein du mouvement, Berlin – candidate aux Jeux d’été 1996 – avait dépassé les bornes en établissant, via un important cabinet de lobbying, des fiches sur les goûts et le degré de vénalité des «membres», fiches qui concluaient que seuls sept votants étaient incorruptibles…

Désormais, on se contente donc de faire dans le modeste. Le comité valaisan offre ainsi à ses visiteurs un simple album de photos du Valais, et la municipalité de Sion une gravure représentant Valère et Tourbillon. «C’est très bien ainsi, fait valoir le Fidjien Mitchell. Il y a eu trop d’abus. Brisbane, alors en course pour les Jeux de 1996, a par exemple dépensé près de 20 millions de dollars en frais de lobbying et de cadeaux divers, vous vous rendez compte? Maintenant, avec ces nouvelles règles, l’aspect sportif redevient primordial. Aux dépens des membres du CIO et de leurs goûts…» Or. Sur ce plan sportif, le comité «Sion-Valais Wallis 2002» a manifestement fait bonne impression à ses premiers hôtes. «Sa présentation est vraiment excellente, s’ac?cordent à dire les trois visiteurs. Même si nous n’avons pas encore vu les trois autres villes, c’est déjà un gage de sérieux en cas d’organisation des Jeux.»

Au petit jeu des relations amicales, l’atout de Sion s’appelle Jean-Michel Gunz. «Un «ancien» du CIO qui connaît intimement le 90% des votants et qui maîtrise parfaitement son sujet», note Anthony Bridge. «Il nous a convaincu que les sites des compétitions ne sont pas aussi éloignés que nous le pensions avant de venir. 11 nous a aussi démontré que le problème des transports n’en est pas vraiment un», ajoute, satisfait, Robin Mitchell.

Hormis une critique à peine voilée du Danois («Il manque une grande patinoire. Il n’y en a que des petites, ici…»), tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes olympiques pour le Valais, si l’on en juge par les remarques dociles et les sourires de ces trois membres du CIO à l’évidence tout heureux de se faire dorloter. Après avoir visité Crans- Montana – ils logent à l’Hôtel du Golf -, Zermatt, Täsch, Sion, Saillon et Martigny, direction aujourd’hui le val de Conches et ses pistes de ski de fond.

Ensuite? Retour au bercail. Puis nouveau départ. Le Jamaïcain Bridge et le Fidjien Mitchell visiteront la semaine prochaine déjà la ville suédoise d’Ostersund avant de s’envoler en avril pour Sait Lake City et Québec. Programme à peu de chose près identique pour le Danois Holst-Sorensen. Quant aux Valaisans, ils continueront à accueillir jusqu’en juin, par groupes ou individuellement, des membres du CIO. Pendant que Québec, très actif de son côté, organisera parallèlement à ces visites le Congrès annuel de la presse sportive mondiale et un Congrès de l’Unesco sur le sport. Et que Salt Lake City vient de mandater une firme… suisse pour organiser des voyages de presse aux Etats- Unis.